1996-1998
Présentée au printemps 1996, C: (prononcé « C-deux-points ») accompagne le lancement de CanalSatellite numérique le 26 avril 1996. Le nom est un clin d'œil aux utilisateurs de MS-DOS : c'est la lettre du disque dur qui apparaît à l'allumage de l'ordinateur.
Le service C:Direct propose alors quelque chose d'inédit en Europe : le téléchargement de logiciels par voie satellite. À une époque où un modem 56k peine à télécharger 10 Mo en une vingtaine de minutes, C:Direct atteint environ 5 Mo par minute, soit plus de douze fois le débit théorique d'un modem 56k.
La formule ressemble à ceci : les trois premiers mois sont gratuits (jusqu'à fin juin 1996). Puis pour 50 francs par mois, l'abonné reçoit un logiciel commercial complet chaque mois (Astérix & Obélix, Virtual Chess, Spirou...), plus l'accès à 150 freewares et sharewares. Le PC sert ici de magnétoscope : on copie, on garde en mémoire et on joue. À terme, 70 % des produits seront libres de droits, les 30 % restants (nouveautés) étant payants à des prix inférieurs de 20 à 25 % au commerce.
Pour utiliser le service, il faut un PC (Windows 3.11 ou supérieur), un câble spécifique vers le port parallèle IEEE 1284 pour le relier au décodeur Mediasat, et un CD-ROM fourni à l'abonnement qui installe l'interface graphique.
Au CES de Las Vegas en janvier 1995, l'équipe présente le projet aux éditeurs américains. Ceux-ci restent sceptiques. Aux États-Unis, des expérimentations coûteuses comme le Full Service Network d'Orlando (Microsoft/Warner) ne sont que des laboratoires. Quand Canal+ explique vouloir proposer ce type de service au marché français à grande échelle, les Américains peinent à y croire. Certains soupçonnent même un risque de piratage ou pensent que l'équipe française ne mesure pas les contraintes techniques et commerciales du projet.
C: naît de la rencontre entre Canal+ et Alain Le Diberder. Ce dernier arrive de France Télévisions, où il a contribué à installer une approche régulière et journalistique du jeu vidéo à la télévision, notamment avec Micro Kids et La Nuit des jeux vidéo en direct de la Sorbonne.
En 1994, Alain de Greef le fait venir à Canal+, alors que la chaîne prépare le lancement de la télévision numérique. Canal+ dispose du satellite et des moyens, mais cherche quoi diffuser sur ces nouvelles chaînes. Le Diberder propose d'utiliser la capacité du satellite pour distribuer des logiciels, sharewares, freewares, pilotes, mises à jour et démos directement aux abonnés.
La chaîne C: diffuse une grille de magazines spécialisés, de séries et de documentaires sur CanalSatellite numérique. Certaines émissions sont produites en partenariat avec des titres de presse : Science et Vie Micro (Microscan), La Tribune (DJ'it) ou Planète Internet (Mag.net). Nathalie Coste-Cerdan, directrice générale, évoque le projet d'une "télévision à deux couches" : chaque émission serait complétée par un supplément multimédia téléchargeable (BD, nouvelles, articles, extraits musicaux...). Ce concept ambitieux ne verra finalement pas le jour.
Un exemple de programmes : les horaires et les titres varient d’une semaine à l’autre.
Des heures de programmes sur les jeux vidéo, la micro-informatique, le multimédia et Internet dans C:LE MAGAZINE.
Chaque mois, CyberCulture fait le point sur les rapports entre le cyber et la société. Économie, éducation, politique, femmes, Japon, esthétique, pays en voie de développement, guerre, amour... Avec Chine Lanzmann.
Émission de 10 minutes présentée par Cléo, consacrée aux jeux vidéo, à la micro, aux CD-ROM éducatifs et culturels, avec l'actualité du Net.
Une demi-heure sur l'univers cyber, notamment les jeux vidéo, les effets spéciaux et les outils de réalité virtuelle.
Retrouvez les extraits musicaux de DJ'IT dans la rubrique des + de C:.
Le rendez-vous informatique de C:, avec nouveautés matérielles et logicielles, portraits, dossiers et conseils pratiques pour mieux vivre l'informatique.
Tous les films de la sélection de ce festival d'images de synthèse sur C: 50 minutes d'animation et d'effets spéciaux.
Série de science-fiction se déroulant en l'an 2259, où humains et extra-terrestres tentent d'établir une paix durable.
Série animée japonaise inédite en France : 13 épisodes de 26 minutes dans un univers d'heroic-fantasy, adapté de Donjons et Dragons et doublé en français.
Court-métrage humoristique en séquences 3D et effets spéciaux numériques (Métal Hurlant Production).
Bob Cringely nous guide dans l'univers de la micro-informatique, entre pionniers oubliés et géants d'aujourd'hui.
Magazine canadien sur l'art et la science de l’animation : films, artistes, techniques et studios.
Actualité d'Internet, nouveautés, sites favoris, entretiens inédits et dossiers thématiques.
Trois heures de prospective sur le futur technologique, entre promesses et inquiétudes à l'approche de l'an 2000.
Émission d'humour cyber façon téléachat : « Over Discount », promotions et objets improbables.
Cible principale : les 7-25 ans, les plus férus de jeux vidéo. Mais aussi les fondus d'informatique, les amateurs de culture fanzine, de musique, de graphisme ou de cinéma, ainsi que les utilisateurs de logiciels éducatifs. Leur seul point commun : avoir un ordinateur.
En 1996, C:Direct explore une voie aujourd'hui oubliée de la distribution numérique : le téléchargement par satellite. Le service propose un catalogue de logiciels, freewares, sharewares, démos et titres payants accessibles depuis un PC relié au décodeur Mediasat. À une époque où Internet reste lent, coûteux et peu répandu, Canal+ tente d'utiliser la puissance de diffusion du satellite pour remplacer, en partie, la disquette, le CD-ROM ou la commande par correspondance.
C:Direct ne fonctionne pas comme un service de téléchargement à la demande. Les logiciels sont intégrés au flux numérique de CanalSatellite, diffusés par satellite, puis reçus par la parabole de l'abonné. Le décodeur Mediasat transmet ensuite les données au PC via un câble spécifique relié au port parallèle. L'utilisateur récupère les fichiers selon les horaires de diffusion, et non par une demande directe envoyée au satellite.
Accès illimité à la logithèque. Chaque mois : jeux récents, utilitaires performants, logiciels éducatifs et culturels.
Achat à l'unité avec des prix 20 à 30 % inférieurs au commerce. Accès et achats encadrés par le système de contrôle d'accès Mediaguard.
Sélection principale du service : nouveautés et titres installables sur micro-ordinateur.
Versions d'essai de 10 à 50 Mo pour évaluer rapidement les sorties.
Drivers, maintenance, graphisme et utilitaires regroupés dans la rubrique Outils.
Applications éducatives, parfois regroupées en téléchargements uniques.
Sélection liée à DJ'IT : extraits, contenus audio et nouveautés musicales.
Logiciels gratuits ou en version d'évaluation, base historique de la logithèque C:Direct.
Une révolution pour l'époque
Lancement de la chaîne C: et du service C:Direct sur CanalSatellite numérique
Premiers mois d'expérimentation avec catalogue de 100 logiciels gratuits et 30 démos. Objectif : 2 000 titres dès septembre.
Abonnement à 50 francs/mois. Catalogue enrichi de jeux et logiciels payants à prix réduit (20 à 25 % sous le commerce).
Après un an d'exploitation, le service compte 8 000 abonnés, bien en deçà des projections (objectif : 15 000 puis 120 000).
En partenariat avec Infogrames, C: évolue vers Game One, chaîne dédiée aux jeux vidéo. La chaîne garde la même équipe et les mêmes locaux.
Le service de téléchargement par satellite disparaît, rendu progressivement obsolète par la démocratisation d'Internet grand public.
En septembre 1998, C: devient Game One. La chaîne garde la même équipe et les mêmes locaux. Le service C:Direct perdure encore quelques années avant de disparaître en mars 2002, rendu progressivement obsolète par l'arrivée d'Internet grand public. L'aventure de C: s'arrête là, après avoir expérimenté une forme très précoce de distribution numérique par satellite. Avec le recul, le service annonce certains usages des plateformes de téléchargement modernes, sans en être l'équivalent direct : son modèle reste celui des années 1990, fondé sur le shareware, la diffusion programmée et les contraintes du satellite.
En 1996, C:Direct n'est pas encore une boutique en ligne à la demande. C'est une solution de distribution numérique pensée pour son époque : des logiciels diffusés par satellite, des horaires de téléchargement, une interface sur CD-ROM et un PC relié au décodeur Mediasat. Le service annonce certains usages futurs, mais il appartient pleinement au monde technique des années 1990.